PARTAGER CETTE PAGE

Une rencontre avec l'histoire au collège des Seize Fontaines
En direct des écoles, collèges, lycées,...

Vendredi 18 mai 2018, Madame Cohen, accompagnée de son fils et de sa belle-fille, est venue au CDI du collège des Seize Fontaines, à la rencontre des 3e Spielberg pour témoigner de sa déportation à Auschwitz, à partir du printemps 1944, alors qu'elle n'avait que 19 ans. Ce fut un moment très riche et émouvant pour tous, qui venait clôturer une année de réflexion autour des deux guerres mondiales.

Madame Cohen et la classe de 3e Spielberg

 

La classe a fait deux autres rencontres au cours de l’année pendant leur cours d’histoire, pour mieux comprendre les deux guerres mondiales. Cela leur a permis de découvrir l’histoire locale, à l’initiative de leur professeur Brahim Belhadj, très intéressé par la possibilité de rencontrer des témoins, en partenariat avec Mathilde Bernos, professeure documentaliste, pour l’organisation.

Le témoignage de Mme Cohen a permis aux jeunes de prolonger leur réflexion, suite notamment à la visite du Mémorial du Camp des Milles en mars dernier. Elle a insisté auprès d’eux : « N’oubliez jamais les 6 millions de juifs qui sont morts », leur a-t-elle dit. Les élèves avaient préparé des questions pour comprendre comment avait pu être la vie avant, pendant et après la déportation. Ils ont été extrêmement touchés par le récit de Mme Cohen, qui a raconté sa jeunesse dans le bar-restaurant que tenait son père, l’arrestation soudaine et l’envoi vers Drancy, avec ses parents, ses deux frères, sa belle-soeur et ses trois sœurs. Ils pensaient d’abord qu’ils allaient juste devoir travailler. Mais Drancy n’était qu’une étape avant Auschwitz, qu’ils ont rejoint en train, sans eau ni nourriture pendant trois jours. Elle a expliqué qu’à l’arrivée, les nazis leur prenaient tout, jusqu’à leurs cheveux qu’ils rasaient et leur nom, remplacés par un numéro tatoué sur leur bras, comme si leur identité ne comptait plus. Elle a évoqué la honte et la peur ressenties. L’incompréhension permanente, car elle et ses sœurs ne parlaient pas l’allemand. Elle a mentionné les chiens, qui pourchassaient ceux qui tentaient de s’enfuir, les heures passées debout dans le froid à être comptés et recomptés, les sélections quotidiennes à quatre heures du matin, qui désignaient ceux qui allaient mourir...

 Son retour en 1945 a eu lieu plusieurs mois après ses sœurs, car elle était trop malade pour partir à la libération du camp par les russes et elle est restée plusieurs mois au Revier (infirmerie). Elle ne pesait plus que 23 kg. Elle nous a fait prendre conscience du temps qu’il a fallu pour se réhabituer à une vie normale, après les retrouvailles avec sa mère et ses sœurs. Son père, ses frères et sa belle-sœur, eux, ne sont jamais revenus. Tout était difficile : manger avec des couverts, faire des courses normalement, dormir... les actes les plus simples de la vie quotidienne leur étaient devenus étrangers. Il lui aura fallu 40 ans pour réussir à raconter les horreurs vécues pendant cette époque. Ne rien dire était une façon de tenter d’oublier. Mais elle en parle désormais, pour que ses petits et arrières petits enfants, dont certains sont au collège des 16 Fontaines et nous avaient rejoints au cours de la rencontre, et tous les jeunes d’aujourd’hui, comprennent et se souviennent.

 

Rencontre avec Madame Cohen au CDI


Témoignages

 

Cyril Cohen (professeur de mathématiques) : « Je suis heureux d’avoir pu permettre aux élèves d’entendre le témoignage de ma grand-mère. En effet, comme l’a expliqué Mme Bernos, même si ma grand-mère ne parlait pas beaucoup de ce qu’elle a vécu quand elle était jeune, je pense que dès le plus jeune âge je ressentais ce poids du souvenir, à cause de certains choses, comme son tatouage sur le bras et de certaines bribes de conversations. Néanmoins ce n’était pas une mauvaise chose, car cela me donnait une sorte de devoir de mémoire, une histoire à laquelle me raccrocher aussi et je pense qu’il était très important que les élèves entendent eux aussi ce récit, même s’il peut être dur parfois. C’est avec ces rencontres que le souvenir ne s’effacera pas et que ces atrocités ne tomberont pas dans l’oubli"

 

Brahim Belhadj (professeur d'histoire) : « Cette rencontre m'a été proposée par mon collègue de mathématiques Cyril Cohen, lors d'une réflexion d'établissement menée en juin 2017 sur les projets éducatifs à mettre en place pour l'année scolaire 2017-2018. Étant fortement intéressé par l'histoire locale et par le "devoir de mémoire" nécessaire à la compréhension de la "grande Histoire", j'ai tout de suite accepté. Cette rencontre a été pour les élèves l'occasion de mettre un visage sur la souffrance des Juifs européens durant la Seconde Guerre Mondiale. Cette souffrance décrite en classe, dans les manuels, les documentaires ou encore les films s'est retrouvée incarnée devant eux, au CDI du collège par une vieille dame de 95 ans pleine de pudeur, de gentillesse, et de douceur malgré tout son vécu. Sa façon de s'adresser aux élèves en les appelant "mon fils" ou "ma fille" m'a touché ainsi que de nombreux élèves. Le moment qui m'a peut-être le plus marqué et aussi très probablement de nombreux élèves est celui ou madame Cohen nous a montré son numéro tatoué sur l'avant bras. La vision de ce signe extrême de déshumanisation a, je pense, permis aux élèves de comprendre la folie à laquelle peuvent mener le racisme et l'antisémitisme. Lorsque l'on ne considère plus l'autre comme son égal mais comme une personne inférieure, on en arrive à l'assassiner de façon froide et inhumaine. C'est ce message citoyen expliqué tout au long de l'année scolaire, que ce soit en Enseignement Moral et Civique ou lors des cours sur les deux guerres mondiales, qui s'est retrouvé personnifié en la présence de madame Cohen. Les élèves en seront je pense durablement marqués pour mieux faire vivre demain les trois valeurs de la devise républicaine "Liberté, Égalité, Fraternité". »

 

Mathilde Bernos (professeur documentaliste) : « Cette rencontre a été un grand privilège pour nous tous, d’autant plus qu’elle avait un lien direct avec nous puisque son petit-fils est notre collègue et deux de ses arrières petites filles étudient au collège. Nous remercions très chaleureusement Mme Cohen et sa famille, pour son témoignage et ce moment de partage si émouvant. Son message est essentiel : ne pas oublier les dérives de l’histoire, pour faire en sorte que jamais elles ne se répètent. J’espère que tous les jeunes qui l’ont entendue auront compris, à travers aussi cette année de réflexion, l’importance de cultiver la tolérance et la bienveillance autour d’eux et de lutter contre le racisme, si banal puisse-t-il sembler, dans leur vie quotidienne. Je crois qu’ils ont été profondément émus par cette rencontre et s’en souviendront durablement. Il suffit de peu pour qu’une situation ne nous échappe. Cela dépend de nous aujourd’hui et d’eux demain... »

PARTAGER CETTE PAGE
  • Imprimer
  • Agrandir / Réduire

Cartographie DSDEN

Services en ligne